FR-04: Au fil de l’eau, sur la route du Riz en Camargue.

<– FR-03 : Chez Michel à Bédarieux

Cet article va vous parler de la Camargue, de sa gestion de l’eau en surface et de la culture du riz.

Nous quittons Michel le 5 juin 2019 en direction la Camargue qui n’est plus très loin.

Après un stop au lac du Sallagou, nous passons par Montpellier, grande ville comme on les aime en vélo (humour). C’est l’occasion de dormir chez Léo, un copain, et de se mettre au sec (oui depuis le début, le temps n’est pas clément, mais nous nous débrouillons pas mal pour éviter les gouttes!)

Nous traversons la Camargue de Aigues Mortes à Arles, en faisant quelques aller-retour au niveau de St Gilles pour rencontrer divers riziculteurs. Et oui ! En Camargue il n’y a qu’un pont pour traverser le Rhône dans ce coin là, et l’ironie fait que les deux exploitations que nous avons visité étaient à 800 m l’une de l’autre, mais de chaque côté du Rhône…

Notre itinéraire Camarguais

La Camargue, son territoire, son riz et ses moustiques !

L’eau et les canaux du Rhône

Nous n’allons pas vous raconter toute l’histoire de la Camargue, le site internet du Parc le fera bien à notre place. Nous y sommes allés pour comprendre l’agriculture de ce territoire particulier. Nous avons longé des réseaux d’irrigations conséquents et omniprésents dans le territoire, depuis la Camargue jusqu’au Vaucluse, tout les jours nous avons rencontré des canaux !

1 – D’où vient cette eau ?

Pour répondre à cette question, il convient de comprendre le territoire. Au moyen age, la Camargue, située dans le delta du Rhone, est un territoire particulièrement plat et donc soumis aux inondations et aux intrusions marines. Afin de protéger les habitations et l’agriculture, la Camargue fut endiguée. De ce fait, l’eau ne rentrait plus en Camargue (hormis la pluie), et l’homme a mis en place des réseaux de canaux d’irrigation. La gestion de l’eau se fit (et se fait toujours) au bon vouloir de l’Homme et son agriculture.

Mais l’endiguement de la Camargue a induit un assèchement en surface ainsi que la salinisation des terres. En effet, la nappe phréatique en Camargue étant salée et peu profonde, le sel remonte dans les terres les rendant incultivable. Les Marais et les rizières permettent d’éviter cela en limitant la remontée de la nappe salée par l’inondation des terres avec de l’eau douce.

Un réseau d’irrigation gravitaire fut développé dès le XVI ème siècle pour l’activité vigneronne, car ils inondaient les vignes afin de lutter contre la maladie du phylloxéra. C’est à partir du 19 ème siècle que l’irrigation devint « active », par le pompage des eaux du Rhône. La Camargue est entourée de deux grand Canaux : Le Rhône et le petit Rhône.
La culture du riz n’est arrivé qu’au début du XX ème siècle avec la déportation forcée des des travailleurs indochinois par l’état français, on y reviendra…

En résumé, l’endiguement de la Camargue aurait créé un désert de terres salées sans la présence des marais, les réseaux de canaux et la riziculture.

source : http://www.gesteau.fr/

De nos jours, sur les 54 milliard de m3 d’eau douce que le Rhône apporte à la Méditerranée, environ 400 millions de m3 sont pompés chaque année pour l’irrigation des rizières. Cette quantité est variable selon le climat et les besoins de l’agriculture.

1 m3 (mètre cube) = 1 000 L

Il y a une différence entre ce qui est pompé dans le Rhône et ce qu’il lui est rendu. Une partie de l’eau va dans les étangs camarguais et une autre est consommée ou évaporée.

Nous avons trouvé ces chiffres approximatifs sur un panneau d’information en Camargue:
– 1/3 de l’eau retourne dans le Rhône
– 1/3 va dans les marais et les étangs
– 1/3 est évaporé !

2 – Les eaux sont-elles toutes mélangées ?

Au delà de la question de quantité , qu’en est il de la qualité ?

Nous avons posé la question aux riziculteurs et agriculteurs que nous avons rencontré sur notre chemin. L’eau arrive par les canaux d’irrigation pour inonder/irriguer les champs et les rizières et s’en va par un « canal de drainage ». Parfois ce réseau est le même.

Donc si votre voisin en amont (du point de vu du canal) traite ses cultures, l’eau qui sort de son champ par le réseau de drainage peut ensuite se retrouver dans votre champs en aval.

Une rizicultrice nous dira :
« .. de toute façon nous utilisons l’eau du Rhône, et l’eau a coulée sous les ponts depuis sa source.. On n’y peut rien, bio ou pas bio c’est la même eau pour tout le monde. «  *

Très bien, mais est-ce que vous faites des relevés de qualité sur l’eau qui rentre dans vos champs ?

Là c’est un autre riziculteur qui nous a répondu :
 » Pas systématiquement, mais j’ai fait une analyse une fois et elle était bonne ! « 

Nous nous sommes renseigné sur les relevés de l’état des eaux destinées à l’irrigation en Camargue . Les eaux de surface dans les canaux du Rhône et du Petit Rhône ont un état chimique jugé mauvais, dû à la présence de substances toxiques et de pesticides.

Source : http://www.gestau.fr

Cela n’est pas étonnant, mais modérons un peu, car dans les régions agricoles en France, il est rare de ne pas trouver des eaux dont l’état chimique n’est pas impacté par l’Homme, son industrie, son agriculture et ses eaux usées. Nous nous en rendons bien compte depuis que nos études dans les ressources en eaux, c’est une réalité, nous retrouvons presque tout dans l’eau.

Ce qui est particulier avec la Camargue c’est que les canaux sont des voies préférentielles pour le transfert des pollutions.

La culture du riz Camarguais

Les rizières venaient d’être semées quand nous sommes passés

En Camargue, les premières traces de riziculture date d’Henri IV (1553-1610). A cette époque et jusque dans les années 1900, le riz est peu ou pas récolté. C’est vers 1940, sous le régime de Vichy, que la riziculture Camarguaise se transforme. Des travailleurs indochinois furent déportés de force en France, grâce à leur savoir-faire rizicole (nous avons appris cela suite à une belle rencontre dans une librairie antique à Arles). Les indochinois ont permis l’essors de la riziculture camarguaise, les surfaces sont passées de 400 ha (avant l’arrivée des indochinois) à 32 000 ha dans les années 50, pour arriver aujourd’hui entre 12 000 et 20 000 ha (suivant les années). L’histoire de ces travailleurs, tombés dans l’oubli, sera redécouverte par le journaliste Pierre Daum.

Aujourd’hui, 150 riziculteurs sont réunis sous l’IGP* « Riz de Camargue ».
Le riz est semé fin avril/début mai
–> il fleurit en août
–> il est récolté en septembre par le riziculteur.
Il est ensuite séché et poli.

Le riziculteur récolte à l’aide de la moissonneuse-batteuse, les épis. Ces épis sont constitués d’une paille au bout de laquelle poussent des grains appelés paddi.

L’épi de riz

Le paddi est récolté par le riziculteur et les pailles de riz sont laissées sur le champ pour être brulées, broyées ou sont récoltées (pour le paillage ou pour faire des panneaux d’agglomérés). Le brûlage des pailles n’est pas sans conséquence pour la vie du sol qui se trouve alors totalement détruite.

Le paddi n’est pas consommable, il est constitué d’une gaine, appelée « balle » et du grain de riz. Il est donc amené chez le rizier qui travaille le riz et le transforme en riz complet ou riz blanchis.

Le rizier est un intermédiaire obligatoire pour le riziculteur.

Le riziculteur vend son paddi au rizier, puis le lui rachète transformé (donc plus cher). Il doit ensuite, suivant sa stratégie de distribution, le faire empaqueter (ce qui a un coût) et le revendre à des distributeurs et/ou en vente directe.

Tant d’intermédiaires qui s’additionnent pour définir le prix du riz.


Les riziculteurs que nous avons rencontré

Nous nous sommes rendu à la Maison du Riz, qui est gérée par une famille de 4 riziculteurs passionnés accueillant le public afin de leur faire découvrir la culture du riz à Albaron.

Les chiffres : Ils cultivent sur 150 ha (1 hectare (ha) = 10 000 m2). Ils produisent en moyenne 1 200 tonnes de riz par an avec un rendement d’environ 8 tonnes/ha. Ils nous informent que leur coût de production est de 2 220 euros/ha.

C’est une exploitation familiale diversifiée, comme beaucoup en Camargue, ils produisent de la viande et, plus original, vendent de la bière aromatisée au riz ! Leur production est en partie bio et en partie conventionnelle (chose que nous avons eu un peu de mal à comprendre…) .

Nous leur avons demandé : arrivez-vous à vivre de votre production ?

« …c’est très difficile.. » nous répond la mère, elle nous explique ce qu’a été la crise du riz. Les aides spéciales alouées aux riziculteurs par le biais de la PAC* ont été supprimées en France, ce qui a fait une rentrée d’argent en moins. De nombreux riziculteurs ont du arrêter et le nombre d’hectare de riz a chuté en Camargue (il avoisine les 12 000 ha).

« … Des riziculteurs ont vendu leurs terres pour y mettre des serres de tomates pour faire des conserves (tout sauf bio nous précise t’elle !) ou du melon sous baches plastiques…  »

*PAC = Politiques Agricoles Communes, ce sont des subventions européennes destinées aux agriculteurs

La soumission des riziculteurs Camarguais aux prix du marché Européen est une difficulté financière. L’Italie et l’Espagne sont des gros producteurs (200 000 ha), ils n’ont pas l’IGP et donc moins de contraintes et d’exigence de qualité. De plus ils touchent encore les primes de la PAC. Ils sont donc des concurrents redoutables pour la petite production rizicole française.

L’anecdote que nous a partagé la rizicultrice est que les Italiens produisent le riz que nous consommons en France et importent le riz de Camargue pour sa qualité supérieur…
-> Ok nous iront voir ce qu’il en est en Italie !


Notre deuxième rencontre fût avec un riziculteur qui sort du lot : Canards des Rizières. Il est très médiatisé et nous avons senti les riziculteurs que nous avons rencontré précédemment assez perplexes quand à ses techniques.

Alors nous sommes aller le voir, des rizières désherbées non avec un cocktail chimique mais avec des canards et des techniques du travail du sol , c’est intéressant non ?

Alors nous appelons Bernard, qui nous accueille pour une soirée et nous partage son expérience .

Son système : 50 ha de terres en rotations culturales* dont 20 ha de riz et le reste de blé et de pâturages. Il a 7 vaches, des boeufs, 30 moutons et des ânes qui pâturent les terres et les fertilisent. Bernard mélange les vaches et les moutons ce qui permet de lutter contre les attaques de parasites.

*les rotations culturales sont l’opposé de la monoculture. Par exemple après le riz vient une prairie , puis du blé puis une autre prairie pour ensuite remettre du riz. Cette méthode permet de ne pas épuiser la ressource des sols en alternant différentes cultures qui travailleront le sol de différentes manières. Le tout est réfléchi pour créer une synergie entre les cultures et de garder une terre riche.

Du poly-elevage et du paturage dans la la luzerne

Qu’est ce qu’il y a de bien différent chez Bernard mis à part ses canards qui se baladent?

Et bien tout d’abord ce sont plus de 1 000 canards qui interviennent dans ses rizières. Après avoir bien travaillé le sol à l’aide d’un outil de travail en superficie, il sème le riz un peu plus tardivement et à sec. Contrairement à la riziculture classique de Camargue où le riz est semée dans un champ inondé. Bernard s’est inspiré de diverses méthodes asiatiques pour créer la sienne.

Le riz semé à sec est moins vulnérable aux maladies et il y a moins de « mauvaises herbes » (adventice) qui poussent. Quand le riz a levé, il inonde les rizières et met ses canard au travail afin qu’ils se nourrissent des adventices. En effet les feuilles du riz son dures et moins appétentes que celles des mauvaises herbes.

C’est tout une technique a bien maitriser : le sol doit être travaillé avec attention et dans les bonnes conditions météo pour éviter qu’il y ai une croute empêchant le riz de lever. Les canards doivent être mis au bon moment pour désherber avant l’arrivée des épis de riz. Les pailles sont restituées au sol et les rotations culturales ainsi que le pâturage ont un rôle primordial dans la fertilité du sol.

Bernard nous avoue avec plaisir qu’il s’en sort très bien, de ses 50 ha qu’il gère à l’aide de son associé, il arrive à sortir 50 000 euro de bénéfices pour lui et sa femme par an avec un chiffre d’affaire de 300 000 euros. Il nous précise :

« Je veux montrer que l’agriculture bio ce n’est pas une agriculture de clochard » !


La distribution du riz

Nous trouvons des rizs Camarguais à différents prix ! Les prix vont :

  • d’environ 2€ à 4€ au super marché (grande marque, non bio),
  • 3€ à 5€ dans les magasins bio en vrac (et oui la particularité du vrac c’est que l’on ne paye pas le packaging et le vrac et bien c’est dans les magasins bio!) ,
  • 5€ à 7€ en vente direct chez le canard des rizières (bio) et le même riz nous l’avons retrouvé à 8.50€ sur le marché chez un de ses revendeur ..
  • 6€ à 8€ en vente direct chez un riziculteur conventionnel camarguais.

Cela montre bien l’image que l’on peut se faire de l’inaccessibilité d’un produit quand on l’achète chez un distributeur qui se fera sa marge, et peut être même une marge un peu plus élevée en bio …

Nous remarquons que le riz Camarguais est plus cher que le riz Thaï ou basmati … Mais nous retenons que payer 1 ou 2€ le kilo de riz, et bien ça ne permettra pas de rémunérer son producteur... qu’est ce qui ce cache derrière ce riz premier prix ? On va peut être le voir en Italie….

D’ici là, payer notre riz entre 3 et 5 € le kilos et bien ça nous convient, nous osons estimer que c’est un prix juste. Sachant, rappelons le, que si il est acheté en vrac, cela coûte moins de 4 euros et ça fait du plastique en moins !


Suite à ces rencontres, nous avons passé 3 jours à Arles accueillis chez notre ami Tao. Nous en avons profiter pour découvrir l’Arles antique, visiter un musée et rencontrer les habitants !

Nous avons quitté la Camargue en passant par un Mas où ils font du vin gallo romain !

Au-revoir les moustiques, bonjour la Provence et ses oliviers !

Un dernier couché de soleil Camarguais

FR-05 : De la Provence jusqu’en Savoie–>

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